L’histoire du Dr McDougall

Extrait de l’enquête Campbell

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LE DÉFI DU DOCTEUR MCDOUGALL

 

John McDougall préconise une alimentation végétalienne à base d’aliments complets depuis plus longtemps que n’importe quel médecin que je connais. Il a écrit dix livres, dont certains se sont vendus à plus de cinq cent mille exemplaires. Ses connaissances sur le lien entre l’alimentation et la santé sont phénoménales, plus vastes que celles de n’importe quel médecin que j’ai rencontré et que n’importe lequel de mes collègues d’université spécialisés en nutrition. Nous nous sommes rencontrés récemment chez lui, en Californie du Nord. La première chose qu’il m’a montrée dans son bureau, ce sont ses cinq ou six grosses caisses métalliques où sont rangés tous ses documents sur la nutrition. il n’existe pas beaucoup de gens aux Etats-Unis dont la banque d’informations sur le lien entre l’alimentation et les maladies peut rivaliser avec celle de cet homme. Mais chose plus importante encore, John McDougall connaît bien le contenu de ces documents. Il lui arrive souvent de passer en revue pendant des heures les plus récents articles de journaux sur internet. Si quelqu’un devrait être le médecin modèle spécialisé en nutrition dans un milieu d’enseignement, c’est bien lui.


En grandissant, John McDougall a été nourri à l’occidentale. Comme il le dit lui-même, il festoyait quatre fois par jour : c’était Pâques le matin, l’Action de grâces à midi, Noël le soir et jour d’anniversaire au dessert. Tout cela l’a rattrapé quand, à l’âge de dix-huit ans, alors qu’il était à l’université depuis quelques mois, il eut une attaque d’apoplexie. Après avoir récupéré et s’être découvert un tout nouvel appétit pour la vie, il devint un étudiant sérieux jusqu’à la fin du premier cycle, fréquenta la faculté de médecine du Michigan et fit son internat à Hawaii. Il décida ensuite d’exercer dans cette île pour y soigner des milliers de patients, certains récemment émigrés de Chine ou des Philippines, et d’autres étant des Américains chinois et philippins de quatrième génération.


    C’est à ce moment-là que McDougall devint un médecin malheureux. Nombre des problèmes de santé de ses patients résultaient de maladies chroniques telles que l’obésité, le diabète, le cancer, les maladies cardiaques et l’arthrite. Et John les traitait comme on le lui avait appris, c’est-à-dire par des médicaments et de la chirurgie. Mais peu d’entre eux recouvraient la santé. Leurs maladies chroniques perduraient. John prit rapidement conscience qu’il était fort limité en tant que médecin. il prit aussi conscience de quelque chose en traitant ses patients. Les première et deuxième générations d’Américains asiatiques, ceux qui se nourrissaient davantage à l’orientale de riz et de légumes, étaient minces, en forme et non affligées des maladies chroniques dont étaient atteints ses autres patients. Les troisième et quatrième générations d’Américains asiatiques avaient totalement adopté les habitudes alimentaires américaines et souffraient d’obésité, de diabète et de bien d’autres maladies chroniques. C’est grâce à eux que le docteur McDougall commença à comprendre à quel point l’alimentation était importante pour la santé.


Comme il ne guérissait pas les gens et que les médicaments et la chirurgie ne fonctionnaient pas, il décida de parfaire sa formation et s’inscrivit à un programme de troisième cycle (internat) au centre médical Queens d’Honolulu. C’est là qu’il comprit peu à peu les barrières érigées par l’ordre établi et la façon dont l’enseignement médical dicte aux médecins leur manière de penser.


En arrivant dans ce centre, John espérait découvrir comment perfectionner les médicaments et la chirurgie afin de devenir un meilleur médecin. Mais après avoir observé des médecins aguerris traiter leurs patients à l’aide de médicaments et de chirurgie, il réalisa que ces sommités en la matière ne faisaient pas mieux que lui. Leurs patients ne restaient pas seulement malades, ils allaient plus mal. John comprit alors que ce n’était pas lui qui ne tournait pas rond, mais le système. Comme le docteur Esselstyn, il se mit à lire des documents scientifiques et en vint à la conclusion qu’une alimentation végétarienne à base d’aliments complets avait non seulement le potentiel de prévenir les maladies dont souffraient ses patients, mais aussi celui de les traiter. ll devait découvrir que cette idée n’était pas bien reçue par ses professeurs et ses collègues.

 

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Dans le milieu médical, la nutrition était considérée comme du charlatanisme. Quand John demandait à ses collègues si l’alimentation n’avait pas quelque chose à voir avec les maladies cardiaques, ils lui répondaient invariablement qu’il existait une controverse scientifique à ce sujet. John poursuivait ses lectures et en parlait ensuite à ses collègues, qui le médusaient encore davantage. « Quand je lisais les documents scientifiques, je ne voyais aucune controverse. Les choses étaient claires comme de l’eau de roche. » C’est au cours de ces années que John prit conscience de la raison pour laquelle de si nombreux médecins prétendaient que l’alimentation était un sujet controversé : « Le scientifique est assis devant son petit déjeuner, tenant dans une main un document qui dit que le cholestérol détruira ses artères et le tuera, alors que de l’autre il enfourne du bacon et des œufs en se disant : « Quelque chose ne colle pas. Je suis perdu. » Elle est là, la controverse, et pas ailleurs. »


John me raconta qu’un homme de trente-huit ans était venu le consulter en compagnie de sa femme parce qu’il avait eu une deuxième crise cardiaque. En tant qu’interne, il demanda au patient ce qu’il comptait faire pour empêcher qu’une troisième ne survienne. « Vous avez trente-huit ans, une belle femme et cinq enfants. Qu’allez-vous faire pour que votre femme ne devienne pas veuve et vos enfants orphelins ? » Découragé et frustré, l’homme répondit : « Il n’y a rien que je puisse faire. Je ne bois pas. Je ne fume pas. Je fais de l’exercice et je suis le régime alimentaire que le diététicien m’a donné après ma dernière crise cardiaque. Je ne peux rien faire d’autre. »


John raconta alors au couple ce qu’il avait appris au sujet de l’alimentation. Il laissa entendre à cet homme qu’il pouvait combattre sa maladie s’il mangeait les bonnes choses. Le patient et sa femme l’écoutèrent avec enthousiasme. John leur parla longtemps, puis il quitta la pièce satisfait. ll avait enfin aidé quelqu’un; il avait enfin fait son boulot.


Mais cela ne dura que deux heures. ll fut convoqué par le directeur, qui a tous les droits sur les internes. S’il renvoie un interne, non seulement ce dernier perd son travail mais sa carrière est finie. Tout excité, le couple en question avait raconté au médecin chef ce que John venait de leur expliquer. Ce médecin leur avait rétorqué que tout ce que John leur avait raconté n’était pas vrai, puis il avait immédiatement rédigé un rapport adressé au directeur.


Celui-ci sermonna sérieusement John, lui disant qu’il outrepassait ses devoirs en tant qu’interne, qu’il devait être sérieux en ce qui concerne la médecine et laisser tomber ce non-sens sur le lien entre l’alimentation et la maladie. En outre, il lui fit clairement comprendre que son emploi et sa carrière étaient en jeu. C’est pourquoi John décida de tenir sa langue pendant le reste de ses études.

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Dr John McDougall et sa femme Mary MacDougall


Mais le jour de la remise des diplômes, le directeur et lui eurent une dernière discussion. John se souvient que cet homme de cœur était intelligent, mais qu’il était totalement prisonnier du statu quo. Le directeur le fit donc asseoir et lui dit : « John, je pense que vous êtes un bon médecin, je veux que vous le sachiez. Je veux que vous sachiez aussi que j’aime beaucoup votre famille. C’est pour cette raison que je vais vous livrer le fond de ma pensée. Je crains que vous ne creviez de faim avec toutes, vos idées bizarres sur l’alimentation. Vous n’allez récolter que des patients hippies et des vagabonds. »


John prit le temps de penser à ce qu’il allait répondre, puis il s’adressa au directeur en ces termes : « C’est peut-être ce qui va arriver et je crèverai alors de faim, mais je ne peux pas donner des médicaments et pratiquer la chirurgie car ça ne fonctionne pas. De plus, je pense que vous avez tort. Je ne crois pas que mes patients seront des vagabonds pas plus que des hippies. Ce seront plutôt des gens qui réussissent bien dans la vie et se demanderont pourquoi ils sont si gros. » John baissa les yeux sur le ventre proéminent du directeur et poursuivit : « Ces gens-là me demanderont pourquoi, s’ils réussissent si bien, ils n’ont pas la situation en main en ce qui concerne leur santé et leur avenir. Ils écouteront alors ce que j’ai à dire et me croiront sans problème. »


John termina sa formation médicale avec une seule heure de formation en nutrition, formation sur les laits pour nourrissons. Son expérience confirme bien toutes les études qui ont prouvé que la formation en nutrition des médecins était totalement inadéquate.


 

ACCRO AUX MEDICAMENTS

 

John a aussi touché à un domaine important où la profession médicale a perdu toute crédibilité; il s’agit de l’industrie pharmaceutique. La formation médicale et les entreprises pharmaceutiques sont inextricablement liées, et ce depuis longtemps. John nous a parlé un peu de la profondeur de ce problème et de la façon dont l’enseignement est corrompu. « Le problème chez les médecins commence dès leur formation. Tout le système est subventionné par l’industrie pharmaceutique, de la formation à la recherche. L’industrie pharmaceutique a acheté les cerveaux de la profession médicale. Et cela débute le jour où vous entrez à la faculté de médecine. Tout ce qui se passe en ces lieux est subventionné par cette industrie. »


John n’est pas le seul à critiquer le fait que le milieu médical soit devenu le partenaire de l’industrie pharmaceutique. De nombreux et éminents scientifiques ont émis des commentaires cinglants sur la corruption du système. Voici certains de ces commentaires :

  • L’industrie pharmaceutique se fait bien voir des étudiants en médecine en leur offrant des cadeaux – y compris des repas, des loisirs et des voyages – en leur proposant des activités de formation – y compris des cours, qui ne sont rien d’autre que de la publicité pour leurs médicaments – et des conférences données par des orateurs qui ne sont rien d’autre que des porte-parole de l’industriel.

  • Les étudiants en médecine du troisième cycle (internes) et les autres médecins changent en fait leurs habitudes d’ordonnance selon l’information fournie par les marchands de médicaments, même si cette information est connue pour être « trop positive et que ces habitudes d’ordonnance sont donc moins appropriées eu égard aux résultats ».

  • La recherche et les universitaires du milieu de la médecine ne sont que des pions qui exécutent les ordres de l’industrie. C’est ainsi parce que ce sont les entreprises pharmaceutiques qui définissent la recherche, non pas les chercheurs, ce qui leur permet de maquiller les résultats. Les chercheurs ont parfois un enjeu financier direct dans l’entreprise dont ils étudient le produit. L’entreprise est chargée de rassembler et de colliger les données de base, mais elle ne permet pas aux chercheurs de voir toutes les données. L’entreprise s’octroie un droit de veto en ce qui concerne la publication des données et garde des droits d’auteur sur toute publication scientifique résultant des recherches ». L’entreprise fera aussi appel aux services d’une firme de communication pour rédiger un article scientifique, puis elle trouvera un chercheur qui acceptera de signer cet article une fois qu’il aura été rédigé.

  • Les plus grandes revues scientifiques sont devenues en grande partie des instruments de marketing pour les entreprises pharmaceutiques. Les principales revues médicales tirent essentiellement leurs revenus de la publicité de médicaments. Cette publicité n’est pas suffisamment vérifiée par la revue, et les entreprises avancent souvent des faits trompeurs sur les médicaments. Et, plus déconcertant encore, c’est que la majorité des recherches cliniques rapportées dans ces revues sont subventionnées par de l’argent provenant des industries pharmaceutiques et les intérêts financiers des chercheurs impliqués ne sont pas totalement reconnus.

Au cours des deux dernières années, certains scandales, qui ont eu lieu dans de grands centres médicaux et ont été largement médiatisés, confirment ces dires. Dans un cas, l’intégrité d’une scientifique a été compromise de diverses façons par une entreprise pharmaceutique et son administration universitaire après que cette femme eut découvert qu’un médicament à l’étude entraînait de sérieux effets secondaires et s’avérait inefficace. Dans un autre cas, un scientifique parlant des effets secondaires possibles des antidépresseurs perdit une possibilité d’emploi à l’université de Toronto. Et l’on pourrait ajouter bien d’autres exemples.


Le docteur Marcia Angell, ex-rédactrice en chef du New England Journal of Medicine, a rédigé un article cinglant dont le titre était : « La médecine universitaire est-elle à vendre ? »

« Les liens entre les chercheurs cliniciens et l’industrie ont à voir non seulement avec les subventions mais également avec toute une variété de dispositions financières. Les chercheurs jouent le rôle de conseillers auprès des entreprises dont ils étudient les produits; ils font partie de conseils consultatifs et de bureaux de porte-parole; ils concluent des ententes concernant des brevets et des droits d’auteur; ils acceptent d’être mentionnés comme les auteurs d’articles écrits par des écrivains fantômes, pour des entreprises; ils vantent des médicaments et des dispositifs médicaux dans des symposiums organisés par les entreprises et s’autorisent à recevoir des cadeaux coûteux et des voyages vers des destinations de luxe. Nombre de ces chercheurs ont également investi de l’argent dans ces entreprises. »

Le docteur Angell ajoute que ces associations financières biaisent souvent de manière significative la recherche par la façon dont celle-ci est faite et diffusée.


Mais ce qui est encore plus dangereux que les résultats biaisés, c’est le fait que la seule recherche à être subventionnée et reconnue est celle qui vise les médicaments. Celle sur les causes des maladies et sur les interventions ne faisant pas appel aux médicaments n’existe tout simplement pas dans le milieu de la formation médicale. Par exemple, un chercheur universitaire fera tout pour trouver une pilule qui traitera le symptôme de l’obésité, mais il ne consacrera ni temps ni argent à enseigner aux gens comment vivre plus sainement. Voici les propos du docteur Angell à ce sujet :

« Dans le domaine de la formation, les étudiants et les autorités, sous la férule constante des représentants de l’industrie, apprennent à se fier aux médicaments et aux dispositifs plus qu’ils ne le devraient. Selon les détracteurs de ce genre de médecine, les jeunes médecins apprennent qu’il existe une pilule pour chaque problème (et une entreprise pharmaceutique pour expliquer pourquoi). Ils s’habituent également à recevoir des cadeaux et des faveurs de la part de l’industrie, laquelle se sert de leur bon vouloir à se laisser influencer dans leur formation. En acceptant de devenir des avant-postes de la recherche pour l’industrie, les centres universitaires médicaux contribuent à mettre encore plus l’accent sur les médicaments et les dispositifs. »

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Dans cette situation, est-il possible de considérer l’alimentation et la nutrition avec justesse et honnêteté ? Bien que les maladies tueuses puissent être prévenues et même guéries par une bonne alimentation, entendrez-vous jamais votre médecin vous le dire ? Non, pas tant que cette situation durera dans les facultés de médecine et les hôpitaux. Pas tant que votre médecin n’aura pas conclu que la pratique médicale telle qu’elle est enseignée ne fonctionne pas et qu’il n’aura pas décidé de prendre le temps de se former dans le domaine de la nutrition et de l’alimentation. Et les personnes qui arrivent à le faire sont rares.


Cette situation est si grave que John McDougall dit ceci : « Je ne sais plus qui croire. Quand je lis un document où il est dit que je devrais donner à mes patients cardiaques des bêta-bloquants et des inhibiteurs ACE, deux médicaments pour le cœur, je ne sais pas si c’est vrai. Honnêtement, je ne le sais pas parce que la recherche pharmaceutique est trop biaisée. »


À votre avis, les titres d’articles de journaux suivants sont-ils liés?

« Les écoles rapportent des conflits d’intérêts au niveau de la recherche (entre les entreprises pharmaceutiques et les chercheurs). »

« L’emploi de médicaments par les enfants se multiplie selon une étude. »

« Sondage : Les directives sont rédigées par des médecins qui sont en lien avec des entreprises. »

« Médicaments prescrits selon les normes : des millions de personnes touchées par des effets secondaires dangereux. »


Nous payons le prix fort lorsque nous tolérons une telle situation. Une étude récente a révélé qu’un nouveau médicament sur cinq se verra adjoindre un avertissement sur son emballage précisant de sérieuses contre-indications inconnues pouvant se traduire par une grave maladie ou la mort, ou qu’il sera retiré du marché dans moins de vingt-cinq ans. 20 % de tous les nouveaux médicaments ont des effets secondaires sérieux, imprévisibles, et plus de cent mille Américains meurent chaque année parce qu’ils prennent correctement les médicaments qu’on leur a prescrits correctement. C’est même là une des principales causes de mortalité aux Etats-Unis !


LE SORT DU DOCTEUR MCDOUGALL

 

Lorsque John McDougall termina ses études de médecine, il ouvrit un cabinet sur l’île d’Oahu, à Hawaii. Il entreprit d’écrire des livres sur le lien entre l’alimentation et la santé, et se bâtit une réputation nationale. Vers le milieu des années 1980, l’hôpital St. Helena, de Napa Valley en Californie, lui offrit le poste de directeur du centre de santé. Cet hôpital appartenait à un groupe de l’Église adventiste du Septième Jour. Vous vous rappelez peut-être qu’au chapitre 7 je vous ai expliqué que les adventistes encouragent leurs adeptes à adopter une alimentation végétarienne (même s’ils consomment tout de même plus de produits laitiers que la moyenne). Cette occasion était trop belle pour la laisser passer. John quitta donc Hawaii pour s’installer en Californie.


Pendant plusieurs années, il se sentit chez lui dans cet hôpital. Il enseignait la nutrition et se servait de l’alimentation pour traiter ses patients, chose qu’il fit avec grand succès. Il soigna plus de deux mille personnes souffrantes pendant plus de seize ans et ne reçut jamais une seule plainte, ni ne fit jamais l’objet d’une poursuite. Mais plus important encore, John vit une réelle amélioration de leur santé. Entre-temps, il continua de publier des articles et sa réputation nationale grandit. Mais avec le temps, il réalisa que les choses n’étaient pas tout à fait les mêmes qu’au départ. Son mécontentement allait en augmentant.


Voici ce qu’il dit de ces dernières années ; « Je sentais que je n’allais nulle part. Je n’avais que cent cinquante à cent soixante-dix personnes à traiter par an. Pas plus. Je n’avais aucun soutien de la part de l’hôpital et les cadres administratifs changeaient continuellement. »


Il avait souvent de petits conflits avec les autres médecins de l’hôpital et, un jour, le Service de cardiologie s’opposa à ce qu’il traite les patients cardiaques comme il le faisait habituellement. John leur fit donc la proposition suivante : « Je vous enverrai chacun de mes patients cardiaques pour qu’ils aient tous une seconde opinion si vous m’envoyez les vôtres. » Même si l’offre était belle, ils la refusèrent. À une autre occasion, il s’était opposé à un cardiologue qui avait conseillé à tort à son patient de subir un pontage. Après plusieurs incidents du genre, John avait atteint les limites de sa patience : il appela le spécialiste en question et lui dit : « J’aimerais vous parler à vous et à mon patient. j’aimerais discuter des recherches scientifiques qui vous poussent à faire cette recommandation. » Le cardiologue répondit qu’il n’en avait pas l’intention, ce à quoi John rétorqua : « Pourquoi pas? Vous venez juste de recommander à mon patient de se faire ouvrir le cœur ! Et vous allez lui facturer entre cinquante et cent mille dollars pour ça ! Pourquoi ne voulez-vous pas en parler? Vous ne pensez pas que ce serait plus juste pour lui? » Le cardiologue déclina la proposition, prétextant que la confusion du patient n’en serait que plus grande. Ce fut néanmoins la dernière fois que ce spécialiste recommanda une chirurgie à un patient de John.

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Entre-temps, aucun des autres médecins de l’hôpital ne lui envoya jamais de patients. Pas une seule fois. Ils lui adressaient des membres de leur famille, mais jamais un patient. En voici la raison, selon John :

« Ils s’inquiétaient de ce qui se passerait quand leurs patients viendraient me voir et leurs craintes se sont révélées justifiées. Chaque fois que ceux-ci venaient à moi de leur propre chef ils souffraient d’une maladie cardiaque, d’hypertension artérielle ou de diabète. Je les mettais à l’alimentation végétarienne, ils arrêtaient leur prise de médicaments et voilà que les chiffres de leurs tests revenaient à la normale. Ensuite, ils allaient voir leur médecin et lui disaient : « Bon sang, pourquoi ne m’avez-vous pas parlé de tout ça avant ? Pourquoi m’avoir laissé souffrir et presque mourir, dépenser tout cet argent, alors que tout ce que j’avais à faire, c’était de manger du gruau d’avoine?” Les médecins ne voulaient pas entendre tout cela. »


Il y eut d’autres frictions entre John et l’hôpital, mais la goutte qui fit déborder le vase, ce fut l’histoire du docteur Roy Swank et du programme de sclérose en plaques mentionné au chapitre 9.


John avait contacté le docteur Swank quand il avait su que celui-ci allait prendre sa retraite. Comme John le connaissait depuis longtemps et le respectait, il lui proposa de prendre en charge le service de sclérose en plaques et de le placer sous l’égide de sa clinique de santé. Le programme serait aussi préservé en l’honneur du docteur Swank. Au grand plaisir de John, ce dernier accepta. Comme l’explique John, il y avait quatre raisons pour lesquelles cette fusion correspondait à merveille à l’hôpital St. Helena :

  • cela correspondait à la philosophie des adventistes, qui traitent les patients par le biais de l’alimentation;
  • ils aideraient des gens qui ont désespérément besoin d’aide;
  • cela doublerait le nombre de leurs patients et aiderait le programme du centre de santé à prendre de l’ampleur;
  • cela ne coûterait presque rien.

En repensant à la situation pendant notre entretien, il me demanda : « Voyez-vous une seule raison pour laquelle on n’aurait pas pu le faire? » Il alla donc voir la directrice de son service pour lui soumettre cette proposition. Après l’avoir écouté, elle lui dit qu’à son avis l’hôpital n’était pas intéressé. « Je ne pense pas qu’il est dans notre intention d’ajouter un nouveau programme en ce moment. » Médusé, John lui demanda : « Je vous en prie, dites-moi pourquoi. Qu’est-ce que ça veut dire être un hôpital? Pourquoi sommes-nous ici? Je pensais que c’était pour soigner les gens malades. »


Elle fit une réponse vague : « Vous savez que c’est ce que nous faisons tous les jours, mais les patients qui ont la sclérose en plaques ne sont pas faciles à soigner. Vous m’avez dit vous-même que la plupart des neurologues  n’aiment pas prendre soin d’eux. » John ne pouvait en croire ses oreilles. Avec une émotion intense, il ajouta : « Attendez un peu ! Je suis médecin et nous sommes dans un hôpital. Pour autant que je sache, notre boulot consiste à soulager la souffrance des malades. Et ces gens sont malades. Ce n’est pas parce que d’autres ne peuvent pas les aider que nous ne le pouvons pas. Nous avons la preuve que c’est possible. Je dispose d’un traitement efficace pour les personnes qui ont besoin de mes soins et ceci, je le répète, est un hôpital. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi nous ne voulons pas prendre soin de ce genre de patients ? »


Il poursuivit ainsi : « Je veux voir la directrice de l’hôpital. Je veux lui expliquer pourquoi j’ai besoin de lancer ce programme, pourquoi l’hôpital a besoin de ce programme et pourquoi les patients en ont besoin. Je veux que vous me fixiez un rendez-vous avec elle. »


Mais, en fin de compte, la directrice de l’hôpital s’avéra tout aussi réticente. John réfléchit longuement à la situation avec sa femme. Comme il était censé renouveler son contrat quelques semaines plus tard, il décida de ne pas le faire. Il quitta l’hôpital et ses collègues en bons termes et ne leur en veut pas. Il explique la chose en disant que ces médecins avaient pris une direction qui ne correspondait pas à la sienne. John préfère se rappeler St. Helena comme un lieu de travail privilégié pendant seize ans, néanmoins pris dans un engrenage : gagner de l’argent avec les médicaments.


À ce jour, et avec l’aide de sa famille, John dirige un programme recherché de médecine fondée sur le mode de vie. Il rédige un bulletin très apprécié qu’il diffuse gratuitement (http://www.drmcdougall.com), organise des voyages avec ses anciens patients et ses nouveaux amis, et dispose de plus de temps pour aller surfer quand le vent se lève dans la baie de Bodega. C’est un homme riche de connaissances et de qualifications qui pourraient bénéficier à des millions d’Américains. ll n’a jamais été contesté par un collègue pour un manquement et, pourtant, l’ordre établi refuse ses services. Ce fait lui est rappelé tout le temps.

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« Les patients se présentent dans mon cabinet affligés de polyarthrite chronique, en chaise roulante, incapables même de tourner la clé de contact de leur voiture. Et je prends soin d’eux. Trois ou quatre semaines plus tard, ils retournent voir leur médecin en marchant normalement et lui serrent la main d’une poigne ferme. Le médecin leur dira alors : « Merveilleux ! » Puis, tout excité, le patient dira qu’il est allé consulter le docteur McDougall, qu’il a modifié son alimentation et n’a plus d’arthrite. Ce à quoi le médecin répondra simplement : « Oh, mon Dieu, c’est fantastique ! Quoi que vous fassiez continuez. Je vous reverrai plus tard.” C’est toujours comme ça que les médecins réagissent. Jamais ils ne diront : « Je vous en prie, dites-moi ce que vous faites pour que j’en parle à mes autres patients.” Non. Au lieu de ça, ils disent : « Quoi que vous fassiez, c’est fantastique.” Si le patient commence à raconter qu’il a adopté une alimentation végétalienne le médecin lui coupera la parole : “C’est bon, c’est bon ! Vous êtes vraiment quelqu’un de fort. Merci beaucoup, et au revoir.” Et hop, il le vire du cabinet aussi vite qu’il peut. C’est très menaçant pour eux. »

T. Colin Campbell

Traduction : Annie Ollivier / Rédaction : Nico Starchivore

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